La proprioception, un 6e sens qui pourrait vous être fort utile



Bien entendu, nous connaissons tous l’existence de nos cinq sens: l’ouïe, l’odorat, le toucher, la vision et le goût. Or, il en existe un autre que nous utilisons constamment: la proprioception. Celui qui pourrait être qualifié de 6e sens demeure trop souvent méconnu malgré le fait qu'il nous permette d'améliorer plusieurs aspects de nos mouvements en commençant par l'équilibre et les performances sportives. Voyons d'abord comment la proprioception fonctionne dans la vie de tous les jours.

Un vrai GPS

La proprioception nous est indispensable, notamment lors des déplacements ainsi que pour assurer la coordination de nos mouvements. Elle se compare à un GPS qui nous permet de percevoir à chaque instant la position exacte de notre corps en 3 dimensions. Une bonne proprioception nous permet d’écrire lisiblement, de marcher en ligne droite, de danser en suivant le rythme de la musique et de bien performer lors d’une activité physique.

Des capteurs ultra-sensibles

Chacun de nos sens a besoin de capteurs, certains sont logés dans le nez, la bouche et les oreilles. Ceux de la proprioception sont situés dans les muscles, les tendons et les articulations. Appelés mécanorécepteurs, ils détectent le moindre changement dans la position de nos articulations ainsi que la vitesse de nos mouvements. Les renseignements ainsi recueillis sont acheminés au cerveau qui les analyse et, selon les besoins de la situation, réagit en contractant ou en relâchant certains muscles. Notons que le cerveau intègre les informations transmises par les mécanorécepteurs à celles des autres sens comme la vision.

Exemple: on arrive à éviter la chute sur une plaque de glace lorsque les mécanorécepteurs s’activent rapidement en décelant un mouvement trop rapide du pied. Le cerveau arrive alors à anticiper et à corriger un déplacement trop important du centre de gravité qui entraînerait une chute.

Ne jamais perdre la carte


Pour arriver à représenter en temps réel la position de notre corps en trois dimensions comme un GPS pourrait le faire, la proprioception a recours à un système de référence, comme Google exploite ses cartes routières. Celle de la proprioception se nomme le schéma corporel et constitue une représentation mentale du corps humain. Le schéma corporel est élaboré durant l’enfance et il est constamment mis à jour en fonction de ce que nous faisons et de ce que nous subissons comme une blessure, un changement de poids, une poussée de croissance à l’adolescence, etc. Or, il arrive que le schéma corporel soit biaisé, comme s’il devenait moins fidèle à la réalité et perdait en précision.

Exemple 1: une posture trop courbée peut finir par biaiser le schéma corporel. Le cerveau modifie alors ses références et cette posture pourtant anormale devient la norme. La représentation de ce qui est droit est occultée par non-usage comme sur une vieille carte routière, toujours pliée de la même façon, ce qui nous empêche de déterminer un trajet précis, certains tracés s'étant effacés avec le temps.

Exemple 2: la proprioception peut aussi être biaisée en sens inverse, c’est-à-dire qu’elle perçoit des choses qui n’existent pas, ou plutôt qui n’existent plus. C’est parfois le cas chez les personnes qui ont subi une amputation et qui ressentent les mouvements du membre amputé, qui pourtant n’existe plus.

Pour en savoir plus sur la proprioception, écoutez ma chronique au magazine

Les Éclaireurs, à ICI Radio-Canada Première.

5 situations qui peuvent altérer votre proprioception

  1. La fatigue musculaire. Être assis trop longtemps cause de la fatigue au cou, ce qui peut altérer la proprioception au cou et aux bras. Cela peut occasionner, par exemple, des erreurs involontaires de positionnement de la main sur un clavier, prédisposant la personne aux tendinites et aux tensions musculaires.

  2. Une blessure à une articulation comme une entorse à la cheville ou une blessure au genou. Des lésions aux mécanorécepteurs peuvent s’être produites et diminuer leurs capacités proprioceptives. Aussi, le gonflement articulaire et la douleur peuvent faire en sorte que les données envoyées au cerveau perdent de leur qualité. La guérison d'une blessure n'est pas automatiquement associée à une récupération automatique de la proprioception. Des exercices spécifiques sont souvent utiles à cet égard.

  3. Des problèmes neurologiques. Une personne en santé peut déceler un mouvement de moins de 1 degré. Par exemple, les personnes atteintes de la maladie de Parkinson ont souvent du mal à percevoir un changement de 6 degrés.

  4. Certaines malformations comme une scoliose. L'asymétrie de la posture peut contribuer à modifier la proprioception. Une personne dont la posture est asymétrique pourrait, sans s’en rendre compte, mettre beaucoup plus de poids sur un pied que l’autre.

  5. Les années qui passent, particulièrement chez les personnes sédentaires. La diminution de proprioception peut, chez les personnes plus âgées, se présenter sous différentes formes, dont un ralentissement des réactions d’équilibre et une altération de la qualité de l'écriture. Ces problèmes sont souvent palliés par les repères visuels; un mécanisme d’adaptation qui a ses limites.

Quand, pourquoi et comment améliorer votre proprioception?

Scénario no. 1 [blessure]


Quand: après une blessure sportive, comme une entorse à la cheville.

Pourquoi: pour vérifier si les mécanorécepteurs fonctionnent adéquatement et de façon symétrique. Certaines blessures ne guérissent pas toujours bien, notamment parce que la proprioception n’est pas complètement récupérée. Cela augmente notamment le risque de se blesser à nouveau et favorise de meilleures performances sportives.

Comment: se tenir en équilibre debout sur un pied de 10 à 30 secondes, les yeux ouverts, puis les yeux fermés. Le faire d’abord avant l’entraînement et, si tout va bien, après l’entraînement. Cette recommandation peut être utilisée comme un test ou un exercice.

Scénario no. 2 [posture]

Quand: en présence d’une posture inadéquate ou trop courbée.

Pourquoi: pour rééduquer le schéma corporel qui tend à perdre ses repères. Avec le temps qui passe, il arrive que le cerveau n’arrive plus à distinguer ce qui est droit de ce qui ne l’est pas.

Comment: s’adosser au mur pendant 30 secondes, en maintenant la tête, les fesses et les talons au mur. Reproduire la même position, pendant 30 secondes, mais «dans le vide», c’est-à-dire debout, mais sans toucher au mur. Le contact avec le mur envoie un 2e message au cerveau, comme un nouveau point de repère de ce qui est droit. Refaire le même exercice, sans le mur, permet en quelque sorte de normaliser l’interprétation par le cerveau des informations transmises par les mécanorécepteurs.

Scénario no. 3 [risque de chute]

Quand: lorsqu’on a moins d’équilibre, que ce soit dû au vieillissement ou à un accident.

Pourquoi: la proprioception a une grande capacité d’adaptation, à tous âges, et une amélioration de celle-ci est associée à une augmentation importante de l’équilibre.

Comment: augmenter sa force générale, sa souplesse, faire des exercices d’équilibre les yeux ouverts et fermés, marcher au ralenti, etc. L’activité physique en général stimule la proprioception. L’une des raisons: les mécanorécepteurs sont situés à l’intérieur des muscles, des tendons et des articulations, et de les stimuler par l’activité physique a des effets positifs.


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Des guides pratiques et utiles

Le physiothérapeute Denis Fortier est un clinicien expérimenté, minutieux et reconnu. Il est aussi auteur et chroniqueur à la radio et à la télé. Ses plus récents livres s'intitulent:

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